Nous étions des réfugiés
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Des nouveaux Canadiens racontent leur histoire
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L’histoire de Mie Tha La: Réfugié de Birmanie
Je m’appelle Mie Tha et je fais partie de la minorité ethnique des Karens. De nombreux droits de l’homme ne sont pas respectés en Birmanie. Certains groupes ethniques, comme les Karens, sont persécutés. Le travail forcé et la guerre civile ont obligé de nombreux Karens à fuir dans les pays voisins. En 1994, lorsque j’avais 17 ans, ma famille et moi avons marché pendant 5 jours à travers la jungle pour fuir en Thaïlande. Nous avons passé 14 ans dans un camp de réfugiés karens le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Il existe de nombreux camps de réfugiés dans la forêt tropicale le long de la frontière. Ils sont tous clôturés. Les réfugiés n’ont pas le droit de quitter les camps, sinon, ils peuvent être arrêtés et renvoyés en Birmanie.
Nous recevions principalement des provisions de la part d’organisations d’aide internationales – du Canada ou de l’Australie par exemple. Ils nous donnaient des aliments de première nécessité comme du riz, de l’huile, du sel. Nous pouvions élever des animaux et cultiver des légumes. Il y avait des installations sanitaires communes et chaque famille avait des toilettes propres. Certaines ONG internationales comme MSF nous fournissaient des soins de santé.
Le pire aspect de la vie au camp était que notre futur était incertain. Personne ne savait ce qui allait nous arriver. Nous rêvions tous de retourner en Birmanie mais l’avenir apparaissait bien sombre. Nous avions également peur que les troupes birmanes viennent jusqu’aux camps nous attaquer. Cela s’est produit plusieurs fois et de nombreux réfugiés ont été tués.
Les Thaïlandais sont très accueillants mais ils nous traitaient comme des citoyens de seconde zone. La Thaïlande n’a pas signé la convention des Nations Unies sur le statut des réfugiés. Comme nous n’étions pas reconnus comme des réfugiés, nous n’avions pas la liberté de voyager, pas le droit à l’enseignement supérieur et pas le droit d’épouser des citoyens thaïlandais. Nous n’avions pas non plus le droit de travailler dans le pays.
Un jour, un groupe d’enseignants canadiens qui travaillaient au Japon est venu visiter le camp et a décidé de créer une organisation caritative pour nous venir en aide. Ils ont proposé des programmes de bourses aux réfugiés pour lesquels j’ai posé ma candidature. J’ai donc pu étudier l’enseignement au sein d’une université au sud des Philippines pendant 4 ans. J’y ai rencontré ma femme, Jocelyn, une Philippine qui étudiait avec moi. Je me suis dit que Jocelyn pourrait nous aider et je l’ai invitée à venir au camp. Elle y a passé trois ans à enseigner l’anglais. Elle n’avait pas le droit de vivre là-bas mais elle se faisait passer pour une Karen.
Grâce à une bourse de l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), ma petite sœur a pu partir à Toronto en 2003 pour étudier. Quatre ans plus tard, le reste de ma famille a pu s’installer au Canada en tant que réfugiés. Jocelyn, ma femme, a également été acceptée par les autorités de l’immigration.
Comme de nombreux nouveaux immigrants, nous avons eu des problèmes d’adaptation au début, liés par exemple à la météo, à la culture, aux différences physiques du pays. Cependant, nous nous sentions extrêmement privilégiés. Six mois après mon arrivée, j’ai réussi un test avec le Ministère du Procureur Général d’Ontario pour devenir un interprète assermenté pour la langue karen en Ontario. Un an après mon arrivée, on m’a proposé un poste permanent au sein du Centre communautaire et familial Jane Finch à Toronto, en tant que travailleur du programme d’accueil pour aider les jeunes immigrants au Canada. Notre fils et notre fille sont tous les deux nés au Canada.
L’histoire de Palwasha Wadi: Réfugié d’Afghanistan
Palwasha Wadi
© MSF Canada, 2010
Je m’appelle Palwasha Wajdi. J’ai 24 ans et je viens d’Afghanistan. Quand j’avais trois mois, ma famille a fui au Pakistan parce que mon pays était en guerre avec la Russie. Nous avons vécu dans la ville de Quetta, près de la frontière avec l’Afghanistan. La vie était dure pour ma famille et pour les autres réfugiés afghans. Tout d’abord, il y avait le problème de langue : nous ne parlions ni l’urdu, ni les autres langues parlées au Pakistan. Ensuite, les réfugiés vivaient dans des maisons peu chères qui se trouvaient souvent dans des quartiers très sales. J’ai vu des habitations d’une pièce, sans eau ni électricité, héberger quatre familles à la fois. Pouvez-vous imaginez leurs conditions de vie? Pour la plupart des réfugiés, il est difficile de trouver de l’eau potable et d’avoir accès aux soins de santé ; il n’y a pas de structures de santé proprement dites. Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés. Et puis, les réfugiés afghans ne peuvent pas obtenir de carte d’identité au Pakistan, et ils ne peuvent donc pas trouver de travail – comme mon père, par exemple, qui était journaliste en Afghanistan.
Les réfugiés ont beaucoup de problèmes psychologiques, dont des troubles de stress post-traumatique. J’ai vu beaucoup de femmes et d’enfants qui étaient mentalement perturbés parce qu’ils ont beaucoup souffert en émigrant de l’Afghanistan au Pakistan – soit pendant leur fuite, soit en arrivant. Les mères n’arrivent pas à trouver d’école pour leurs enfants. Souvent, les enfants sont malades mais comme les parents n’ont pas de travail, ils n’ont pas d’argent pour acheter des médicaments ou envoyer leurs enfants à l’hôpital. Ces femmes ont besoin de beaucoup de soutien psychologique.
Après la mort de mon père, ma mère est partie au Canada en 1999, nous laissant mon frère et moi au Pakistan. Elle a demandé le statut de réfugiée, et quand elle a été acceptée elle nous a parrainés, et nous sommes arrivés ici en tant qu’immigrants reçus il y a six ans.
J’ai dû surmonter beaucoup de difficultés en venant ici. Tout d’abord il y avait la barrière de la langue – je ne parlais pas très bien l’anglais quand je suis arrivé. Et puis, l’école où je suis allé au Pakistan ne m’avait pas donné de certificat et j’ai dû recommencer à zéro pour obtenir un diplôme d’études secondaires canadien.
Maintenant, je sens que j’ai finalement trouvé ma place au Canada. Je suis sur le point de finir mes études et j’ai décidé de travailler auprès des réfugiés et des immigrants car je me rends compte que je peux les aider. Je suis en train de passer un diplôme en service social portant spécifiquement sur les questions liées aux immigrants et aux réfugiés. Je sens que je suis devenu quelqu’un de fort et qu’il est de ma responsabilité de travailler pour l’humanité, pour ceux qui sont dans le besoin, où que j’habite – que ce soit au Canada, au Pakistan ou en Afghanistan. Je suis reconnaissant envers le Canada de m’avoir donné l’opportunité de continuer mes études, et de devenir quelqu’un de fort.
L’histoire d’Alberto Gaona: Réfugié de la Colombie
Je m’appelle Alberto Gaona et je suis Colombien. Dans mon pays, j’étais travailleur social, aidant un petit groupe d’autochtones et d’afro-colombiens à connaître leurs droits, surtout dans ce pays. Certaines personnes ne voyaient pas mon travail d’un bon œil. Ils voulaient voler les terres des personnes avec lesquelles je travaillais afin d’y faire pousser des palmiers et d’en récolter l’huile pour produire du biocarburant. Un jour de 2008, l’armée a menacé de me tuer, ainsi que ma femme et mon fils de 6 ans. Cette menace a été la dernière d’une longue série, mais pour la première fois, ma famille était également prise pour cible.
Nous nous sommes immédiatement cachés. Je savais que nous devions partir mais n’avais pas la moindre idée de l’endroit où aller. Les 6 semaines suivantes ont été un cauchemar. J’avais l’impression d’être un criminel traqué. La nuit, nous devions nous déplacer d’une cachette vers une autre. Nous savions que rester trop longtemps au même endroit nous vaudrait d’être pris. Un réfugié n’a pas d’avenir, sauf si quelqu’un l’aide à se construire un nouvel avenir.
Six semaines plus tard, nous sommes arrivés aux États-Unis mais nous ne voulions pas y rester, en raison du rôle joué par les Américains dans mon pays. Nous avons décidé de nous rendre au Canada car un de mes oncles habite là-bas. Nous avons passé 3 semaines à Buffalo. J’étais tellement inquiet de ne pas pouvoir passer la frontière canadienne que je suis tombé gravement malade. Nous n’avions qu’un sac de vêtements avec nous. Nous avions tout perdu en Colombie, y compris notre maison. Nous avons demandé le statut de réfugiés quand nous sommes entrés au Canada en octobre 2008. Notre demande a été acceptée un an plus tard.
Nous étions à la fois très heureux et très tristes car nous savions que nous ne pourrions plus revoir notre famille et nos amis avant longtemps. Il nous a fallu quelques temps pour nous adapter à la vie ici. Beaucoup de choses sont différentes, comme la nourriture ou le style vestimentaire. Nous étions habitués au climat très chaud de la forêt tropicale et n’avions jamais vu ou touché de neige de notre vie.
Au début, j’ai appris l’anglais avec assiduité puis j’ai commencé à travailler comme bénévole pour le centre de réfugiés FCJ à Toronto. J’y travaille maintenant à temps partiel, accueillant les nouveaux arrivants, les aidant à remplir les documents et traduisant pour eux.

