Tournée 2011



Témoignages

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Les civils pris pour cibles

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L’histoire de Sittina

Sittina

Tchad 2005 © Roger Turesson

Chaque jour, Sittina, 8 ans, transportait son petit frère Ibrahim au centre de ravitaillement de MSF dans le camp de réfugiés de Touloum à l’est du Tchad, près de la frontière soudanaise. Elle procédait à son enregistrement et l’aidait à boire du lait thérapeutique. Elle le ramenait ensuite jusqu’à l’abri de leur mère, leur maison dans un désert brûlé par le soleil.

C’était en 2004. Sittina était alors une réfugiée parmi plus de 200 000 autres Soudanais qui avaient fui les attaques de leur village au Darfour. En 2003, le gouvernement soudanais, incapable de vaincre les rebelles du Darfour, a lancé de vastes attaques contre la population civile accusée de soutenir la rébellion. Ce sont l’armée et les forces paramilitaires qui ont mené les assauts contre les populations locales.

Les meurtres, le viol, la torture, la mise à feu des villages se sont répandus et ont forcé des centaines de milliers de personnes à chercher refuge de l’autre côté de la frontière.

Selon l’Organisation des Nations Unies, plus de 2,4 millions de personnes étaient déplacées au début de 2008, soit le tiers de la population du Darfour. Le conflit s’était intensifié alors que les groupes de rebelles et les forces paramilitaires s’étaient scindés en factions, forçant ainsi des centaines de milliers de personnes à fuir. En même temps, les combats se sont intensifiés entre le gouvernement tchadien et les forces de l’opposition, obligeant de nombreux Tchadiens à fuir, parfois vers des camps au Darfour.

Pendant ce temps, des enfants comme Sittina et son frère grandissent dans la peur et l’incertitude, n’ayant que peu d’espoir de retourner un jour sain et sauf dans leurs villages.

* Tous les noms ont été changés.

Plus de renseignements : MSF au Tchad

 

L’histoires d’HY

HY

Thaïlande 2007 © Greg Constantine

HY*, 22 ans, a passé toute sa vie à se cacher dans les forêts de la province de Xieng Khouang au Laos. Deux de ses sœurs et cinq de ses cousins ont été tués lors d’attaques perpétrées contre sa famille. Elle a fui vers la Thaïlande en 2005 et vit maintenant avec son mari et sa fille dans un camp dans la province de Petchabun. Ce camp entouré d’une clôture de barbelés abrite près de 8000 personnes vivant dans la peur constante d’être renvoyées au Laos.

HY appartient à l’ethnie hmong. Les Hmongs sont persécutés par le parti communiste depuis son accession au pouvoir en 1975. C’est que certains Hmongs ont combattu aux côtés des forces armées des États-Unis contre les forces du Nord-Vietnam et du Pathet Lao communiste lors de la guerre du Vietnam de 1960 à 1975. HY n’était alors même pas encore née.
HY se remémore sa vie quotidienne au Laos.

« J’ai vécu toute ma vie dans la forêt du Laos. Nous étions sans cesse pourchassés par les soldats laotiens et vietnamiens. Il arrivait que les avions qui nous attaquaient larguent des bombes libérant un gaz jaune toxique qui nous forçait à courir nous cacher parmi les arbres. Au cours d’une de ces attaques, une de mes sœurs cadettes a inhalé du gaz et s’est évanouie. Ma mère a dû la transporter, et, par la suite, elle a perdu toutes ses dents. Après mon mariage, je suis allée vivre avec la famille de mon mari. Mes parents habitaient tout près, mais j’ai été séparée d’eux lors d’une attaque et je suis sans nouvelles d’eux depuis; je ne sais pas s’ils sont encore en vie. Nous avons dû nous construire une cabane avec des branches et des feuilles d’arbre et nous n’avions presque rien à manger lorsque ma fille est née. La vie était très difficile. J’étais très maigre et je tombais souvent malade. Je faisais souvent de la fièvre et je souffrais continuellement.

Mon mari a fini par décider que nous ne pouvions plus vivre dans la forêt plus longtemps et que nous devions tenter d’aller en Thaïlande. Constamment pourchassés par les Laotiens, nous avons finalement réussi à atteindre le fleuve Mékong qu’un pêcheur payé par mon mari nous a fait traverser. Nous avons ensuite payé un conducteur avec de l’argent métal pour qu’il nous emmène chez les Hmongs. Depuis que nous avons quitté le Laos, notre vie s’est améliorée : nous avons de la nourriture et nous n’avons plus à craindre les attaques. Pourtant, j’ai peur qu’un jour on nous force à retourner là-bas. Je perds connaissance si j’y pense trop. Je ne veux pas retourner au Laos pour y être tuée, mais tout le monde dit que nous allons y être renvoyés. »

* Tous les noms ont été changés.

Plus de renseignements : MSF en Thaïlande

 

L’histoire de Graciela

Graciela

Colombie 2007 © Juan-Carlos Tomasi

Graciela* a 55 ans. Elle et sa famille ont fui leur village pour venir se réfugier à Soacha, bidonville tentaculaire situé près de Bogota, la capitale. Plus du tiers des personnes du département de Cundinamarca ayant fui leur foyer y a trouvé refuge. Un des fils de Graciela a été menacé de mort après les avoir prévenus, elle et son mari, que leur autre fils avait presque été violé par un groupe armé.

« Nous sommes arrivées ici l’an dernier, le 20 août. Mon mari avait toléré tout ce qu’ils lui avaient dit, tout ce qu’ils lui avaient fait. Tout. Je le traitais souvent de lâche. Un jour, un de mes fils, qui a 15 ans, est allé au bord de la rivière et y a vu que quatre hommes avaient ligoté mon autre fils et qu’ils essayaient de le violer. Il a couru jusqu’à la maison, en pleurant. Je l’ai agrippé, et après l’avoir serré dans mes bras je lui ai demandé : mon amour, qu’est-ce qui s’est passé? » Il m’a répondu : « Maman, maman, ils vont manger mon frère. »

« Mon mari a sauté sur ses pieds et, en trois enjambées, il était au bord de la rivière. Je me suis dit : mon Dieu, c’est trop. J’ai demandé à Dieu de m’aider à partir parce que mon mari en avait assez enduré. Ils ont dit à mon fils de faire attention et qu’ils allaient le tuer parce qu’il les avait vendus. Après environ huit jours, ils sont revenus pour le menacer. C’est à ce moment que nous avons décidé de partir. »

« À notre arrivée ici, nous avons tous cherché et trouvé du travail. Mais, après 20 jours, mon mari est tombé gravement malade. Il est mort quatre mois et demi après notre arrivée. Je me sens très seule. Parfois, je passe des nuits entières éveillée à me demander ce que demain me réserve. »

Ce genre d’histoire est malheureusement chose courante dans ce pays en proie à de violents conflits depuis maintenant plus de 40 ans. Graciela et les membres de sa famille sont parmi les quelque quatre millions de personnes déplacées en Colombie des suites d’un conflit qui oppose les troupes gouvernementales aux FARC et à la ELN, deux guérillas lourdement armées. Ce conflit, alimenté principalement par la lutte pour le contrôle du narcotrafic, implique également des forces paramilitaires. Les exécutions, les intimidations, la peur font partie du quotidien des civils habitant les régions rurales où sévit ce conflit.

* Tous les noms ont été changés.

Plus de renseignements : MSF en Colombie

 

L’histoire d’Ahmed

Ahmed

Irak 2007 © Michael Goldfarb

En octobre 2006, l’explosion d’une voiture piégée a pratiquement arraché la moitié du visage d’Ahmed*, huit ans, lui faisant perdre son œil gauche et l’amputant de son pied gauche. Ahmed est si défiguré que son père et son oncle passent une demi-heure dans sa chambre d’hôpital sans le reconnaître. Le garçon, en état de choc, avait perdu l’usage de la parole.

« Il était seul là-bas », déclare le père d’Ahmed par l’intermédiaire d’un interprète. « Il a subi une amputation sans le soutien d’un membre de sa famille. Personne ne le connaissait. Il n’était qu’un simple enfant à l’hôpital. » Il faudra trois jours avant que le père et le fils soient de nouveau réunis.

Après avoir subi, sans succès, plusieurs interventions au visage telles que de multiples greffes de peau, Ahmed s’est rendu avec son père à l’hôpital du Croissant Rouge d’Amman en Jordanie en décembre 2006. Un programme de chirurgie reconstructrice destiné aux blessés de guerre irakiens y a été implanté par MSF en août 2006. Au mois d’avril 2007, la jeune victime avait déjà subi deux importantes microchirurgies et au moins trois autres interventions destinées à reconstruire son visage étaient prévues.

Le système de santé irakien est une des grandes victimes des violences en Irak. Les civils comme Ahmed, blessés lors des attaques quasi quotidiennes qui font de multiples blessés, sont envoyés vers des installations médicales qui débordent de blessés et qui manquent de médicaments, d’équipements chirurgicaux et même d’électricité. Le peu de personnel médical encore en vie et resté au pays ne peut qu’apporter des soins sommaires aux blessés avant de les renvoyer chez eux.

* Tous les noms ont été changés.

Plus de renseignements : MSF en Irak